Œuvres / Archives / Apple Pie / Indien (Indien-américain, Amal)

tableau peint en acrylique
Gwenn Seemel
Indien (Indien-américain, Amal)
2008
acrylique sur toile
122 x 122 centimètres

Un totem en bois est le symbole de l’histoire américaine représenté par ce portrait allégorique. Ces sculptures, emblèmes protecteurs de leur tribu, utilisent normalement des symboles de la culture amérindienne du nord-ouest des États-Unis et non pas des symboles hindous.

J’ai demandé à chacun des participants dans cette série d’écrire quelque chose sur ce que cela veut dire être américain. Voici la réponse d’Amal.

Nous tenons ces vérités comme évidentes, que tous les hommes sont créés égaux, qu’ils sont dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables, que parmi ceux-ci sont la vie, la liberté et la poursuite du bonheur.

- La Déclaration d’Indépendance

Ces mots sont une pierre angulaire dans l’histoire des États-Unis et pour moi cette phrase définit les bases de ce que signifie être un américain. Un étudiant de l’histoire sait que “tous les hommes sont créés égaux” s’adressait à l’origine uniquement aux hommes blancs à l’exclusion de tous les autres. Ce qui veut dire probablement vous et moi. Pourtant, ces mots simples ont été innovants et révolutionnaires dans leur temps. Et cette définition accepte de plus en plus de personnes, mais étrangement ce n’est pas le mot qui a le plus de sens pour moi. C’est le mot qui signifie la recherche d’un but. La poursuite.

La possibilité, l’espoir, l’effort. Voilà ce que signifie être un américain. Nos rêves ont leur origine dans l’espoir sans limite que notre avenir et celui de nos enfants seront meilleurs que notre passé. Étant né en Inde, je sais que les différentes cultures ont le nationalisme et la fierté de leur race, de leur religion ou de leur culture, croyant en leur supériorité. Ici, aux États-Unis, nous nous rendons compte qu’il y a du positif dans toutes les cultures que nous pouvons apprendre beaucoup chez les autres et—dans le même souffle—ce pays est l’antithèse de cette idée. Les américains ont appris la pratique de yoga de l’Inde et ont vu l’introduction de nombreux mots dont les origines proviennent de cultures très différentes, mais que nous utilisons indifféremment dans notre vie quotidienne. En même temps, nous avons vu la montée du protectionnisme et nous avons commis la faute d’oublier que nous sommes tous venus jadis en Amérique pour chercher notre bonheur et échapper à la persécution.

En ce qui concerne les obstacles et les forces contre moi, j’ai continué à rêver plus grand et plus large qu’auparavant. Je rêve d’une nation qui élit ceux qui nous inspirent, indépendamment de la couleur de leur peau, de leur sexe ou de toute autre classification. Je rêve d’une nation où nous prions dans de différents lieux de culte, sans jamais dénigrer le lieu de culte d’un autre. Je rêve d’une nation qui me donne des outils pour mon propre succès, mais ne me dit pas à quoi ça ressemble le succès. Je rêve d’une nation qui redresse les maux de notre passé à travers une réflexion régulière et une introspection exigeante. Je rêve d’un pays rempli d’immigrants dont le seul désir est de rechercher le bonheur et l’espoir d’un avenir meilleur pour leurs enfants. Partager ces rêves doit être le seul critère pour ceux qui souhaitent devenir américain.

Être un américain signifie poursuivre vos rêves et rêver grand.

Souvenons-nous du poème d’Emma Lazarus gravé sur la Statue de la Liberté:
“Donnez-moi vos pauvres, vos exténués
Qui en rangs serrés aspirent à vivre libres,
Le rebut de tes rivages surpeuplés,
Envoyez-les moi, les déshérités, que la tempête m’apporte
De ma lumière, j’éclaire la porte d’or!”

- Amal

L’inspiration pour Indien vient d’une anecdote qu’Amal m’a racontée lors de notre entretien et séance photo. Enfant, on lui demandaient: “t’es un indien à pois ou à plumes?” Cette intimidation sur le cour d’école m’a donné envie de mélanger l’iconographie des deux cultures, en créant un totem composé de références à l’hindouisme. J’ai également rempli l’image avec des points et des plumes, y compris, par exemple, la grande plume blanche intéfrée parmi les coups de pinceau dans le ciel en plein milieu du tableau.

Lors du vernissage pour Apple Pie, un ami amérindien m’a expliqué que les plumes d’aigle sont sacrées et qu’il ne faut pas les utiliser au hasard, comme je l’avais fait dans cette composition. Lorsque je lui ai répondu que je n’avais voulu peindre que des plumes génériques pou Indien, mon ami m’a fait comprendre que mes intentions ne valaient rien. L’important était la manière dont l’image serait perçue par un public amérindien, sachant que le tableau fait référence à différentes significations du mot “indien” dans la culture américaine. Il avait raison.

peint en acrylique
détail
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